Le cours Journu Auber

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En ce jour commémoratif de l’abolition de l’esclavage en France (27 avril 1848), je vous propose de découvrir une des voies de Bordeaux, hélas héritée du passé négrier de la ville : le cours Journu Auber.

Sommaire

Où se situe le cours Journu Auber ?
Qui était Bernard Journu Auber ?
Journu Auber et la traite négrière

Où se situe le cours Journu Auber ?

Le cours Journu Auber se situe dans le quartier des Chartrons à Bordeaux. Il est parallèle au cours du Médoc et coupe perpendiculairement la rue du Jardin Public. Il s’étend de l’avenue Emile Counord jusqu’au cours Balguerie Suttenberg, à quelques pas du Hangar 14 et des quais.

cours journu auber en 1820
Environs de Bordeaux : près du cours Journu-Auber
Bernède, Pierre-Emile (1820-1900). Dessinateur
Source : Bibliothèque de Bordeaux

Qui était Bernard Journu-Auber ?

Bernard Journu Aubert est un commerçant et armateur bordelais né en 1745 et décédé en 1815. Son apport à l’histoire est multiple. En plus de sa casquette de négociant, il est également reconnu pour ses talents de magistrat, mais également de savant. Si l’on croit le viographe de Bernadau, il aurait résidé cours du Chapeau Rouge. Le nom de la rue lui aurait été notamment attribué grâce aux dons faits au Musée des Beaux Arts de Bordeaux, et à sa large contribution au cabinet d’histoire naturelle.

représentation de bernard journu aubert
Source : Museum d’Histoire Naturelle

Sans vous livrer l’intégralité de sa biographie, sachez qu’il a été successivement consul de la Bourse de Bordeaux de 1778 à 1780, député de Gironde à l’Assemblée législative de 1791 à 1792, puis président du tribunal de commerce de Bordeaux pendant les deux années suivantes. Modéré et monarchiste, il passera une partie de la terreur emprisonné au fort du Hâ. Il siégera finalement en 1814 au Sénat Conservateur du gouvernement provisoire de Fouché et Talleyrand.

Journu Auber et la traite négrière

Mais Journu Auber est surtout connu à Bordeaux pour un passé plus sombre. Celui de négrier. En effet, la famille Journu, originaire de Lyon, est connue pour avoir affrétée au moins 6 navires destinés à la traite des noirs entre 1787 et 1792. Il avait même montré de la défiance vis à vis de l’émancipation des noirs pendant le gouvernement de Bonaparte.

Il a armé six navires avec 300 esclaves dans chaque bateau. Beaucoup n’ont pas survécu au voyage dans les soutes et les survivants étaient expédiés en Amérique où sa famille exploitait aussi des plantations. Et pour boucler la boucle, il disposait également de raffineries de sucre, ici à Bordeaux, qui fonctionnaient grâce à la matière première ramassée là-bas par des esclaves. 

Karfa Diallo – Association Mémoires et Partage – Le parisien

Alors pourquoi avoir conservé son nom sur une des rues de la ville ? Pour Auber-Journu comme pour d’autres (Grammont, Desse, Gradis, Mareilhac…), il a été décidé de conserver leur patronyme sur les rues de Bordeaux, mais d’ajouter des plaques commémoratives pour expliquer ce passé négrier. Même si ces personnes ont apporté énormément sur le plan local, il ne faut pas oublié leur contribution inhumaine à l’esclavagisme (de la fin du XVIIème au début du XIXème).

« […] a été impliqué indirectement dans la traite des Noirs puisqu’il était associé dans sa jeunesse au déploiement des activités de négoce familial par le biais de la société Journu Frères. Celle-ci a organisé cinq expéditions de traite négrière entre 1787 et 1792« 

Extrait de plaque commémorative – Source Blog Jacques de Cauna

Sources

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