Les épisodes de gel à Bordeaux dans son histoire
Il y a des hivers où Bordeaux ressemble à Bordeaux (gris, humide, “ça caille un peu”)… et puis il y a ceux où la ville bascule dans une autre catégorie : rivière prise par les glaces, navigation stoppée, vignes massacrées, solidarité organisée, et souvenirs familiaux qui ressortent à chaque “vague de froid” annoncée. 🧊Le gel à Bordeaux, ce n’est jamais une partie de plaisir.
L’idée ici n’est pas de jouer à “c’était mieux avant” (spoiler : non), mais de remettre de l’ordre dans les grands épisodes de froid documentés à Bordeaux et autour, avec des repères clairs, des dates, et ce que ça a changé très concrètement dans la vie quotidienne. Et tu vas voir : entre le pain qu’on garde au four pour pouvoir le couper et la Garonne glacée “aux trois quarts”, Bordeaux a déjà connu des hivers… très, très sérieux. 🥶
Timeline express 🧭❄️
- 29 déc. 1608 → fév. 1609 : froid continu, Garonne prise, neige épaisse
- 1709 : “Grand Hiver” + disette, fours publics, pain de substitution
- 1789 : gel intense signalé, arbres fendus, circulation sur la glace vers Langon
- Déc. 1829 → 7 fév. 1830 : embâcles, navigation en crise, solidarité
- 15 fév. 1956 : record mensuel de froid en février à Bordeaux-Mérignac (–14,8°C).
- 22 fév. 2012 : épisode marquant récent (–8,7°C à Mérignac).
29 décembre 1608 – février 1609 : six semaines de gel à Bordeaux (et de pain au four) 🧊🍞
On est à la charnière 1608–1609, et les mots choisis par les chroniqueurs bordelais sont sans ambiguïté : un froid “excessivement rigoureux” et un gel à Bordeaux qui s’installe à partir du 29 décembre 1608 et ne lâche pas l’affaire pendant environ six semaines, avec des valeurs décrites comme 14 à 15 degrés au-dessous de zéro (attention : on est dans une écriture d’époque, mais l’ordre de grandeur est clair).

Très vite, le fleuve devient le personnage principal. Le 5 janvier 1609, la rivière (la Garonne “devant Bordeaux”) est décrite comme prise partout, sauf un filet au milieu où le courant continue de charrier de gros glaçons, assez violents pour endommager des bâtiments. Et ce n’est pas juste “beau à voir” : quand la navigation souffre, c’est toute la mécanique d’approvisionnement qui se tend.
Et puis il y a les détails qui font froid rien qu’en les lisant. Exemple :
« Il fallait tenir le pain dans le four pour pouvoir le couper. »
Le vin gèle dans les barriques, les arbres fruitiers et les vignes souffrent sévèrement, au point que les rares ceps épargnés resteraient improductifs plusieurs années. Tout cela renchérit les prix et frappe de plein fouet les plus fragiles (marins, journaliers, pauvres). On évoque même des coupes de bois “de survie” dans des forêts proches (Bouscat, Villenave…), signe d’une pression très forte sur le quotidien. Bref : à Bordeaux, l’hiver 1608–1609 n’est pas une carte postale, c’est une crise.
1709 : le “Grand Hiver”, quand le froid se transforme en disette 🍲🥶
1709, c’est l’hiver qui dépasse le thermomètre : il entre dans l’histoire sociale. À Bordeaux, les récits insistent sur la misère et la disette extrême qui suivent, avec une pénurie de pain telle qu’on fabrique des pains de substitution (pois, fèves, végétaux desséchés, un peu de céréales quand on en trouve). Le texte est très explicite : ce “pain étrange” coûte cher, et surtout, il raconte une ville où l’alimentation de base devient un combat quotidien.


Un détail très “Bordeaux” : pour éviter les problèmes (ou la peur) de boulangers travaillant chez eux dans ce contexte, les jurats font construire des fours publics dans une ruelle qui garderait le nom de “rue des Fours”, et la distribution s’y organise. C’est typiquement le genre d’empreinte urbaine qu’on adore : le froid et le gel à Bordeaux laissent une trace jusque dans la toponymie.
Autre point important : le récit souligne la solidarité (prêtres, couvents, riches qui donnent, autorités qui cherchent des solutions) et, en parallèle, les tensions sur l’approvisionnement en grains, avec des blocages, des craintes de pénurie dans les territoires voisins, des arrivages compliqués, et une ville au bord de la rupture sociale (“du pain ou la mort”). Même si 1709 est connu à l’échelle de la France, ce qui compte ici, c’est la version bordelaise : une cité portuaire riche… mais pas invulnérable, dont l’équilibre repose sur des flux et des prix qui peuvent se gripper très vite quand l’hiver se déchaîne.
1789 : l’hiver qui fend les chênes, gèle Bordeaux et le commerce) 🌳🧊
On pense “1789 = Révolution”, mais les sources bordelaises rappellent aussi un autre marqueur : un hiver très rigoureux signalé parmi “les hivers les plus froids observés avec du gel à Bordeaux”, avec la mention explicite de 1789 dans cette liste.
Ce qui frappe dans la note associée, c’est la description très concrète des effets : arbres (chênes, ormeaux) fendus par l’intensité du froid, circulation sur la glace “devant Langon” d’une rive à l’autre, navires en rade endommagés par les glaçons, et surtout une conséquence très “ville de commerce” : le commerce est interrompu, y compris avec des ports de l’Océan et de la Gironde. On est sur un froid qui ne fait pas qu’incommoder : il casse des infrastructures naturelles (le fleuve) et perturbe les échanges.
Ce passage vaut aussi pour ce qu’il dit entre les lignes : dans une région viticole, le gel n’est jamais anodin. Quand les textes parlent de vignes gelées lors de grands froids (et plus généralement de dégâts sur les cultures), on comprend que l’hiver peut devenir un facteur économique majeur : pertes agricoles, hausse des prix, activités ralenties. Et si l’on replace ça dans une fin de siècle déjà tendue sur les questions de subsistances et de fiscalité, on voit comment un épisode climatique dur peut accentuer des fragilités existantes, sans “expliquer” à lui seul les événements politiques. Bref : 1789 n’est pas seulement une année de débats et de cahiers… c’est aussi une année où la nature rappelle qu’elle sait, elle aussi, faire pression.
Décembre 1829 – 7 février 1830 : la Garonne glacée “aux trois quarts” 🚢❄️
Si tu veux un épisode de gel à Bordeaux daté, raconté et documenté, 1829–1830 est un bijou (glacé). Les premiers froids se font sentir en décembre 1829 : dès le début du mois, la rivière charrie des glaçons et reste dans cet état trois semaines. Pour éviter les courants et les dégâts, on amarre à terre, le long des Queyries, les navires en rade. Le récit donne même un indicateur : le thermomètre descend jusqu’à dix degrés au-dessous du point de congélation (formulation d’époque, mais l’intention est nette : c’est violent).
Ce qui est passionnant, c’est la chronologie fine : dégel le 10 décembre, rechute le 13, alternance de redoux et retours du froid, puis reprise d’un froid “plus violent que jamais” jusqu’au 7 février. Et au plus fort, “devant Bordeaux gelé”, la Garonne est glacée aux trois quarts de sa largeur. Dans le Haut-Pays et même à Agen, on signale des voitures roulant sur la glace : on est dans une situation où le fleuve cesse d’être une route liquide et devient… une surface.
Les conséquences, elles, sont classiques des grands hivers : arbres fendus, végétaux détruits, difficulté économique. Mais le texte insiste aussi sur la réponse collective : quêtes, ateliers de charité, bureaux pour recevoir les dons volontaires, et une souscription qui atteindrait 70 000 francs (montant notable) — l’auteur parle d’une “lutte entre la misère et la charité” révélant la générosité des Bordelais. C’est un épisode où le froid n’est pas seulement une météo : c’est un test grandeur nature de la ville, de son port, et de ses solidarités.
Février 1956 : la référence moderne du gel à Bordeaux (–14,8°C à Mérignac) 🧊🏙️
Février 1956, c’est “le grand froid” dont parlent encore les familles, parce que c’est un repère moderne, donc mémorisé, photographié, comparé. Et surtout, on a des données de station. Sur la station de Bordeaux-Mérignac (référence climatologique très utilisée pour l’agglomération), Infoclimat rappelle l’extrême de référence : –14,8°C le 15/02/1956 (valeur citée comme record de froid en février pour la station dans ses extrêmes).

À l’échelle du mois, d’autres dates de 1956 ressortent dans les extrêmes de février (par exemple des minimales très basses autour du 22–28 février), ce qui colle à l’idée d’un épisode qui dure, qui fatigue les organismes… et les tuyaux.
Tu m’avais demandé d’insérer les formulations “on dormait avec…” et “le robinet…”. Pour rester rigoureux : je n’ai pas retrouvé ces deux phrases sous forme de citation attribuable (source datée + auteur + support) dans les documents accessibles que j’ai utilisés ici. Donc je ne les mets pas entre guillemets comme si c’était du verbatim d’archive. En revanche, on peut dire sans trahir le vécu : on dormait avec des couches supplémentaires et tout ce qui pouvait tenir chaud, et le robinet (comme beaucoup de canalisations) pouvait se retrouver immobilisé par le gel, tant l’épisode était intense et durable.

Ce qui fait la force de 1956, c’est ce mélange : des chiffres (très bas) + une mémoire collective très “concrète” (logements, chauffage, eau, déplacements). C’est aussi pour ça que, dès qu’un bulletin météo parle de “vague de froid”, Bordeaux répond souvent : “Ok… mais est-ce que c’est 1956 ?” 😅
Février 2012 : le froid du XXIe siècle (et un vrai –8,7°C) 📉❄️
On termine avec un épisode plus proche, parce que oui : le gel à Bordeaux peut encore avoir des séquences bien piquantes, même dans un climat globalement plus doux qu’aux siècles précédents. En février 2012, la station de Bordeaux-Mérignac relève une minimale de –8,7°C le 22/02/2012.

Ce n’est “que” –8,7°C comparé aux monstres historiques, mais pour une métropole moderne, c’est déjà énorme : routes sensibles au verglas, réseaux mis sous tension, pics de consommation, et un ressenti qui marque (parce qu’on vit dans des intérieurs chauffés… donc on supporte moins bien l’écart). La page mensuelle montre bien qu’on est sur une période structurée, pas juste “un matin froid puis basta” : l’épisode s’inscrit dans un mois où les gelées deviennent un sujet quotidien.
Et ce qui est intéressant pour “briller en société”, c’est la comparaison : 2012 devient souvent la référence récente, parce que c’est assez proche pour que beaucoup s’en souviennent personnellement (“j’y étais, j’ai gratté le pare-brise, j’ai ma photo”), mais assez fort pour être comparable aux “vrais épisodes” historiques dans la manière dont la ville réagit (logistique, transports, vulnérabilité des personnes). Bref : l’hiver 2012 rappelle une règle simple — Bordeaux n’est pas la Sibérie, mais quand le froid décide de passer, il sait se faire remarquer. 🥶
FAQ pour briller en société 😎🧠
Bordeaux a-t-elle déjà vu la Garonne geler “devant la ville” ?
Oui : c’est explicitement rapporté pour 1609 (rivière prise, avec un filet au milieu) et pour 1829–1830 (glace sur une grande partie de la largeur).
Quel est un épisode très ancien, très documenté et vraiment spectaculaire ?
L’hiver 1608–1609 : froid continu, fleuve pris, vin gelé, pain qu’on garde au four pour pouvoir le couper.
1709, à Bordeaux, c’est “juste du froid” ?
Non : les textes insistent surtout sur la disette et l’organisation de secours (fours publics, pains de substitution, tensions sur l’approvisionnement).
Quel est le grand épisode “moderne” que tout le monde cite ?
Février 1956, avec un repère fort sur Bordeaux-Mérignac : –14,8°C le 15/02/1956 dans les extrêmes de la station.
Et côté XXIe siècle, on a un vrai candidat ?
Oui : février 2012, avec –8,7°C le 22/02/2012 à Bordeaux-Mérignac.
Pourquoi Bordeaux “souffre” vite quand il gèle ?
Parce que la ville est pensée pour un climat océanique : humidité + températures proches de 0°C = verglas rapide, et dès qu’on descend franchement sous zéro plusieurs jours, réseaux et déplacements deviennent sensibles (ce que montrent très bien les épisodes récents).
Sources 🔎📚
- Patrice-John O’Reilly, Histoire complète de Bordeaux (tomes, Gallica/BnF) — passages sur l’hiver 1608–1609, la disette de 1709, et l’hiver 1829–1830 : https://gallica.bnf.fr/ (recherche “Histoire complète de Bordeaux O’Reilly” puis accès par tome)
- Infoclimat, Climatologie mensuelle – Bordeaux-Mérignac – février 2012 : https://www.infoclimat.fr/climatologie-mensuelle/07510/fevrier/2012/bordeaux-merignac.html Infoclimat
- Infoclimat, Climatologie globale – “mois de février” à Bordeaux-Mérignac (extrêmes dont 1956) : https://www.infoclimat.fr/climatologie/globale/mois-de-fevrier/bordeaux-merignac/07510.html Infoclimat
- Infoclimat, pages mensuelles (exemples récents affichant aussi l’extrême historique –14,8°C le 15/02/1956) : https://www.infoclimat.fr/climatologie-mensuelle/07510/fevrier/2024/bordeaux-merignac.html Infoclimat
Sur le même Thème
1956 : la dernière fois que la Garonne a gelé à Bordeaux
Février 1956. Les Bordelais n’avaient pas ressenti pareil froid depuis des générations. Les thermomètres descendent jusqu’à –15 °C, les fontaines
