Noms de rue de Bordeaux

Bordeaux révolutionnaire : quand les rues changent de nom

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Quand la Révolution française éclate en 1789, Bordeaux n’est pas en reste. Port prospère, ville commerçante ouverte sur l’Atlantique, elle bruisse de débats politiques, de clubs patriotes et de pamphlets enfiévrés. On y parle libertés, fin des privilèges, souveraineté du peuple… mais aussi réformes concrètes. L’Ancien Régime est mis à bas, et avec lui tout un monde de hiérarchies sociales, de royauté sacrée et de religion omniprésente. À Bordeaux comme ailleurs, la Révolution s’infiltre partout : dans les institutions, dans les mentalités… et jusque dans les plaques de rue.

Car oui, à partir de 1793, les révolutionnaires bordelais s’attellent à une tâche symbolique mais ô combien révélatrice : rebaptiser le noms des rues de la ville. Fini les noms de saints et de rois. Place aux héros de la République, à la vertu, à la liberté. Un vent nouveau souffle sur les murs.


Pourquoi changer les noms de rue ?

Changer les noms de rue, ce n’est pas juste une coquetterie de révolutionnaires en mal de symboles. C’est un geste profondément politique. À l’époque, les rues portent bien souvent des noms liés à la religion (rue Sainte-Catherine, rue Saint-James) ou à la monarchie (place Royale, rue Dauphine). Or, pour les partisans de la République, ces références à l’Ancien Régime sont devenues insupportables.

Dans un souci de cohérence idéologique (et, disons-le, un peu de propagande), les révolutionnaires veulent purifier l’espace public. Ils veulent que la ville elle-même reflète les nouveaux idéaux : liberté, égalité, fraternité. Renommer les rues, c’est comme tourner une page. C’est aussi ancrer les valeurs révolutionnaires dans le quotidien des habitants. Chaque coin de rue devient alors une leçon de citoyenneté.


Comment choisissait-on ces nouveaux noms ?

La plupart des nouveaux noms sont choisis selon les valeurs mises en avant par la Révolution : vertus morales, idées politiques, héros républicains, ou encore notions abstraites comme la Liberté ou la Raison. Les clubs révolutionnaires locaux, les sections de quartiers ou les comités de surveillance participent activement à ce grand jeu de renommage.

Parfois, on rend hommage à des figures emblématiques du moment : Marat, Franklin, Rousseau. D’autres fois, on préfère des concepts plus vagues mais porteurs de sens : rue de la Fraternité, place de l’Union, rue du Peuple. Le but ? Faire de la ville un espace d’éducation civique à ciel ouvert. Chaque nom devient une petite affiche de propagande.


Quelques exemples bien sentis

Certains changements sont radicaux. La fameuse rue Sainte-Catherine, du nom de la sainte patronne des philosophes (et non du shopping à l’époque !), devient la rue de l’Egalité. La place du palais, trop monarchique, se transforme en place Brutus. Le très religieux cours d’Albret, est rebaptisé cours Messidor, pour faire bonne mesure. Les noms religieux sont particulièrement visés. Les cours de l’Intendance et du Chapeau Rouge deviennent fossé Marat, en hommage au célèbre révolutionnaire assassiné dans sa baignoire. La rue Du Palais Gallien ? Rebaptisée rue de la Raison, pour affirmer la victoire de l’esprit sur la foi. Même la rue Judaïque, n’échappe pas au zèle : elle devient rue du champ de Mars

Tous les changements sont sur cette page Wiki : https://fr.wikipedia.org/wiki/Odonymie_de_Bordeaux_pendant_la_R%C3%A9volution


Des traces encore visibles aujourd’hui

La Révolution est passée, mais elle a laissé des cicatrices discrètes sur les murs de Bordeaux. Beaucoup de noms d’origine ont été rétablis au début du XIXe siècle, après le retour au calme politique. Exception faite de la rue Ausone. Mais les anciens noms révolutionnaires sont parfois encore visibles, gravés dans la pierre. Vous pouvez trouver facilement ces stigmates en vous promenant dans la ville. Les noms de rues prérévolutionnaires, puis révolutionnaires, puis à nouveaux rétablis sont toujours gravés sur les façade et les murs de pierre.

Vous pouvez vous amuser à les chercher lors de vos flâneries à Bordeaux.
Par exemple :

Ces petites marques du passé, souvent ignorées des passants pressés, sont comme des fossiles urbains : elles racontent une époque où même les murs prenaient parti.

Sources :

Wikipédia – Odonymie de Bordeaux pendant la Révolution
Lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Odonymie_de_Bordeaux_pendant_la_R%C3%A9volution

Archives Bordeaux Métropole / Archives municipales de Bordeaux / BNF

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