Hôtel de Lalande à Bordeaux : l’hôtel particulier devenu musée (et ex-prison !)
L’Hôtel de Lalande à Bordeaux, c’est l’un de ces lieux qui te donnent l’impression que Bordeaux a gardé la clé de son XVIIIᵉ siècle 🔑 : une façade élégante, une cour où l’on imagine encore les carrosses, et une adresse (rue Bouffard) qui fait le pont entre “art de vivre” et histoire bien plus rugueuse. Car derrière l’hôtel particulier, il y a aussi une longue vie municipale, une période très “uniformes & paperasse”, une prison construite à l’arrière… et aujourd’hui le madd-bordeaux, le Musée des Arts décoratifs et du Design. Ce que l’Hôtel de Lalande raconte surtout, c’est Bordeaux par ses intérieurs : comment on habitait, comment on recevait, ce qu’on trouvait beau, utile, “moderne” selon les époques. Et même si le musée est fermé pour rénovation, le lieu continue d’exister dans Bordeaux et en ligne, en attendant la réouverture annoncée en 2026.
Timeline 🗓️
- 1775–1779 : construction de l’Hôtel de Lalande “entre cour et jardin”, achevé en 1779 pour Pierre de Raymond de Lalande (conseiller au parlement de Bordeaux), attribué à Étienne Laclotte.
- 1878 : la Ville de Bordeaux acquiert l’hôtel pour y installer des services de police.
- 1885–1886 : construction et mise en service d’une prison municipale à l’arrière, sur l’emplacement des anciens jardins.
- 1887 : l’ensemble prend la tournure d’une caserne municipale (avec des aménagements très concrets dans les communs).
- 1923 : le corps principal est libéré et devient un musée (“musée d’Art ancien”).
- 2 juillet 1955 : réouverture sous le nom de “musée des Arts décoratifs”.
- 12 avril 2018 : classement Monument historique en totalité de l’hôtel et de l’ancienne prison.
- Depuis 2023 : fermeture pour rénovation ; réouverture prévue en 2026 (avec programmation dans la ville et en ligne).
Hôtel de Lalande : un hôtel particulier “entre cour et jardin” 🏛️
On parle bien d’un hôtel particulier, donc d’une grande demeure urbaine, pas d’un endroit où tu bookes une chambre 😄. Le plan “entre cour et jardin” est typique : tu passes la porte cochère, tu arrives dans la cour (espace de représentation), puis tu gagnes les pièces nobles ; à l’origine, un jardin prolongeait l’ensemble à l’arrière. Cette organisation raconte un Bordeaux qui se met en scène : une ville prospère, des élites qui affichent leur rang avec une architecture à la fois sobre et très codée.

Et pour le plaisir du détail : la porte cochère et sa ferronnerie (avec heurtoir) participent à ce “théâtre” d’entrée. C’est le genre de détail qui te fait ralentir sans t’en rendre compte 👀.
Étienne Laclotte et le Bordeaux néoclassique 🧱✨
L’Hôtel de Lalande est attribué à Étienne Laclotte, une signature majeure du Bordeaux de la fin du XVIIIᵉ. Son architecture s’inscrit dans un moment où l’on aime l’ordre, les proportions, les références antiques : un Bordeaux “Lumières” qui préfère l’élégance structurée aux fioritures.

D’ailleurs, dès 1785, un guide de Bordeaux le signale comme une demeure notable à voir, preuve qu’il ne passait déjà pas inaperçu à l’époque.
Des Lalande aux “belles pierres” du XVIIIᵉ 🏛️✨
L’Hôtel de Lalande est édifié à la fin de l’Ancien Régime pour une riche famille de parlementaires bordelais. Sobre et imposant, construit “entre cour et jardin”, il compte parmi les plus belles demeures aristocratiques du XVIIIᵉ siècle bordelais, reflet du pouvoir de l’élite urbaine.

Tout commence en 1775 : Pierre de Raymond de Lalande (1727–1787), conseiller au parlement de Bordeaux, achète un grand emplacement près du palais Rohan (paroisse Saint-Christoly) et demande l’autorisation de bâtir son hôtel particulier en 1778. En 1785, Paul Pallandre attribue la construction à Étienne Laclotte et décrit une demeure “de la plus grande noblesse”, où entrée, cour, escalier, distribution et jardin sont présentés comme “ingénieux”.
Révolution, ventes et virage mu
en 1752 Jeanne de Lalande-Gayon (1734–1817), dame d’Urtubie, propriétaire de biens importants à Saint-Domingue. À la mort de Pierre en 1787, Jeanne renonce à ses droits de succession au profit de leur fils aîné, Jean de Raymond de Lalande… qui sera arrêté pendant la Révolution et guillotiné le 10 juillet 1794 place Nationale (actuelle place Gambetta). Sa sœur Pétronille subit le même sort.
L’hôtel, lui, traverse le XIXᵉ siècle au gré des propriétaires : mis en vente dès 1828, il est acheté par Marthe Gabrielle Budan Asselin (riche créole de la Martinique), puis en 1839 par le négociant Jean-Baptiste Duffour Debarte, qui le lègue à son fils Lodi Martin Duffour Dubergier, maire de Bordeaux (1842–1848). Curieusement, ces propriétaires ne s’y installent pas et louent la demeure au gouverneur de la 11ᵉ division militaire ; après 1860, elle passe au négociant Antoine Dalléas, avant que la Ville n’acquière l’hôtel pour y installer les services de la police et des mœurs en 1880 🚓.
De l’hôtel particulier… à l’hôtel de police (et à la caserne municipale) 🚓
À la fin du XIXᵉ siècle, changement total d’ambiance : l’Hôtel de Lalande devient un vrai rouage municipal. En 1878, la Ville l’achète pour y installer les services de police, et l’occupation se prolonge pendant trente-six ans.

Autour de l’hôtel, les espaces de service prennent une importance nouvelle : les communs s’adaptent aux besoins très concrets du quotidien (circulation, stockage, logistique). Et en 1887, l’ensemble est explicitement identifié comme caserne municipale — on n’est plus dans l’art de recevoir, mais dans l’art d’organiser 🗂️.
Le twist : le jardin devient prison municipale 😬
Dans la foulée, l’arrière de la parcelle change radicalement de rôle : une prison municipale est construite à la place des anciens jardins et mise en service à la fin des années 1880. Résultat : un duo architectural étonnant — l’hôtel élégant côté rue, et l’univers carcéral au fond — qui fait aujourd’hui partie intégrante de l’identité du site, au point d’être protégé d’un seul bloc par le classement de 2018.

Le musée actuel : le madd-bordeaux, Bordeaux racontée par ses objets 🪑🍽️
Aujourd’hui, quand on dit “Hôtel de Lalande”, on pense immédiatement au madd-bordeaux : le Musée des Arts décoratifs et du Design. Son truc, c’est l’histoire par les objets et les intérieurs : mobilier, céramique, verrerie, orfèvrerie, arts de la table, objets de l’intime… et un dialogue assumé avec le design pour relier les siècles aux usages d’aujourd’hui.
Ce n’est pas anecdotique : ça te montre comment une ville se raconte dans le quotidien. Comment on dresse une table, comment on meuble, comment on décore, ce qu’on considère “de bon goût” à telle époque… et comment ces goûts évoluent.
Fermeture pour travaux : ce qui se passe 🚧
Le madd-bordeaux est fermé pour rénovation (depuis 2023), avec une réouverture annoncée en 2026. Pendant la fermeture, la programmation continue “hors les murs” (rencontres, ateliers, projets avec des acteurs locaux) et les collections font l’objet d’un important travail de restauration.
Le chantier vise aussi à mieux recoller les deux morceaux du puzzle : l’hôtel et l’ancienne prison, réunis dans un parcours plus cohérent et plus accessible.
FAQ pour briller en société 😎
L’Hôtel de Lalande à Bordeaux, on peut y dormir ?
Non 😄 C’est un hôtel particulier du XVIIIᵉ, aujourd’hui musée.
Où se trouve l’Hôtel de Lalande ?
39 rue Bouffard, Bordeaux.
L’Hôtel de Lalande a vraiment été un hôtel de police ?
Oui : la Ville l’acquiert en 1878 pour y installer des services de police, et l’occupation dure plusieurs décennies.
Pourquoi y a-t-il une prison derrière l’Hôtel de Lalande ?
Parce qu’une prison municipale a remplacé les anciens jardins à la fin du XIXᵉ siècle.
Le musée madd-bordeaux est-il ouvert ?
Il est fermé pour rénovation, avec une réouverture annoncée en 2026, et une programmation hors les murs entre-temps.
Pourquoi ce lieu est-il classé Monument historique ?
Parce que l’ensemble hôtel + ancienne prison est protégé “en totalité” depuis l’arrêté du 12 avril 2018.
Sources
- madd-bordeaux – L’hôtel de Lalande (page “Une histoire particulière”)
https://madd-bordeaux.fr/une-histoire-particuliere/lhotel-de-lalande - Base POP – Ministère de la Culture (Mérimée) : Hôtel de Lalande et l’ancienne prison municipale (classement MH du 12 avril 2018)
https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA33000203 - Base POP – Ministère de la Culture (Muséofile) : Musée des arts décoratifs et du design (M0066) (police, musée d’Art ancien, etc.)
https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/museo/M0066 - Persée – Jacqueline du Pasquier (1981) : “L’hôtel de Lalande et la prison municipale de Bordeaux”
https://www.persee.fr/doc/rhbg_0242-6838_1981_num_28_1_2089 - Wikipédia – Musée des Arts décoratifs et du Design (section sur l’Hôtel de Lalande : octroi, 1808, duc de Bassano, etc.)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_des_Arts_d%C3%A9coratifs_et_du_Design - madd-bordeaux – L’hôtel de police et la prison (caserne municipale, communs, etc.)
https://madd-bordeaux.fr/une-histoire-particuliere/lhotel-de-police-et-la-prison - Office de tourisme de Bordeaux – madd-bordeaux (fermeture travaux, réouverture prévue 2026)
https://www.bordeaux-tourisme.com/patrimoine-culturel/musee-arts-decoratifs-du-design.html - Ville de Bordeaux – Le musée des Arts décoratifs et du Design (présentation générale)
https://www.bordeaux.fr/le-musee-des-arts-decoratifs-et-du-design-madd-bordeaux