Mascaron de Bordeaux : ces 3 000 visages de pierre qui te regardent

Histoires et secrets
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À Bordeaux, il suffit de lever les yeux (deux secondes, promis) pour se sentir observé. Des visages, des grimaces, des divinités, des animaux… ils sont partout, au-dessus des portes et des fenêtres, comme une foule figée en plein théâtre. Et le plus drôle, c’est qu’on passe souvent dessous sans les voir. Alors qu’en vrai, ces sculptures racontent le Bordeaux du grand commerce, des nouveaux boulevards du XVIIIᵉ, des goûts décoratifs, des modes, et parfois… des zones d’ombre de l’histoire du port. Bref : si tu veux une visite de Bordeaux qui change des “top 10 à faire”, suis les mascarons. Tu vas regarder la ville autrement, et tu risques même de te surprendre à lever les yeux naturellement. Oui, oui : c’est le début de la sagesse (ou d’un torticolis). 😄

Timeline express 🗓️ (pour recaler les époques)

  • Antiquité : le visage sculpté sert souvent de motif protecteur (anti “mauvais œil”).
  • Renaissance (Italie → France) : les mascarons reviennent à la mode comme ornement architectural.
  • Fin XVIᵉ – début XVIIᵉ : premières apparitions à Bordeaux sur certains hôtels particuliers (ex. rue du Mirail).
  • XVIIIᵉ siècle : explosion du phénomène avec les grandes façades classiques (Place Royale/Place de la Bourse, quais, hôtels particuliers).
  • XIXᵉ siècle : retour en force avec les grands travaux et les “voies nouvelles” (ex. cours d’Alsace-Lorraine).
  • XXᵉ siècle : l’Art déco en produit encore, puis la tradition s’essouffle.

« Une ville entière de masques » : c’est l’image qu’emploie l’écrivain Michel Suffran pour parler de Bordeaux.

C’est quoi un mascaron (et à quoi ça sert) ? 🧩

Un mascaron, en architecture, c’est un ornement sculpté (souvent un visage) placé sur une façade : typiquement sur la clé d’un arc, au-dessus d’une porte ou d’une fenêtre, parfois sur un linteau. Certains “crachaient” aussi de l’eau sur les fontaines. Le mot est généralement rattaché à l’italien mascherone (grand masque), popularisé avec la mode décorative venue d’Italie.

Mascarons Bordeaux - Esquisse - Quai de Bourgogne
Mascarons Bordeaux – Esquisse – Quai de Bourgogne

À l’origine, on lui prête une fonction apotropaïque : faire fuir le mauvais sort / les esprits indésirables (un peu comme un “videur” de pierre). Mais très vite, surtout à l’époque classique, le mascaron devient aussi un outil décoratif : il “anime” des façades très régulières, très géométriques, et apporte une touche de fantaisie… voire un message social (richesse, goût, références mythologiques, commerce, etc.).

D’Aviler (XVIIᵉ) oppose le “masque” (tête noble) au “mascaron” (tête chargée, grimace). Sur Bordeaux, la frontière finit par se brouiller.

Pourquoi y en a-t-il autant à Bordeaux ? ⚓🏛️

Parce que Bordeaux coche toutes les cases du “cocktail parfait” :

1) Le siècle d’or architectural (XVIIIᵉ) : la ville se transforme, on aligne, on reconstruit, on embellit. Les façades classiques (quais, places, hôtels particuliers) adorent ces petites têtes sculptées pour casser la rigidité des lignes.

2) La prospérité du port : l’argent circule, les élites construisent, affichent, décorent. Les mascarons deviennent des signatures de façade.

3) Un miroir de la société bordelaise : on trouve des figures mythologiques (Neptune, Bacchus), des allusions au commerce maritime, des symboles (y compris maçonniques, religieux), et aussi des représentations “exotiques” qui renvoient à l’histoire atlantique de la ville.

Combien de mascarons à Bordeaux, et où en voir le plus ? 🔎

On lit très souvent “environ 3 000 mascarons” à Bordeaux (formule devenue quasi officielle dans l’usage).
Mais attention : le “nombre exact” varie selon ce qu’on compte (uniquement l’âge classique ? on inclut le XIXᵉ ? les copies ?), et certaines sources rappellent que les estimations peuvent fortement diverger.

Mascarons Bordeaux - Allégorie de Bordeaux - Quai Richelieu
Mascarons Bordeaux – Allégorie de Bordeaux – Quai Richelieu

Les zones “à forte densité” 🗺️

Si tu veux maximiser ton ratio “waouh / minute de marche”, vise :

  • Place de la Bourse : un spot mythique. Rien que sur ses façades XVIIIᵉ, on peut en observer 86.
  • Les quais (Port de la Lune) : en longeant la Garonne, tu as une succession de façades classiques où les mascarons reviennent sans arrêt.
  • Les Chartrons : quartier de négociants, entre quais et belles façades, parfait pour une “chasse aux visages”.
  • Les grands axes du XIXᵉ : par exemple cours d’Alsace-Lorraine (travaux et immeubles qui remettent le décor sculpté à la mode).
  • Triangle d’Or / autour des Allées de Tourny : zone de façades très soignées, où l’observation fonctionne très bien (et où il faut juste penser à lever les yeux).

Exemples de mascarons célèbres ou franchement originaux 🎭

  • Les mascarons de la Place de la Bourse : le “best-of” bordelais, entre figures mythologiques et têtes expressives
  • Neptune & Bacchus : grands classiques des décors de façade, parfaits pour rappeler la ville-port et l’imaginaire antique très prisé.
  • Faunes, satyres, gorgones… (Bordeaux début XVIIᵉ) : certains hôtels particuliers montrent des séries de figures très “baroques”, plus exubérantes.
  • Les “têtes de métier” et allusions au commerce : on tombe parfois sur des visages qui suggèrent le rang social, les activités, ou l’univers maritime.
  • Mascarons et mémoire atlantique : présence de représentations africaines ou “exotiques” évoquant l’histoire du commerce transatlantique (à lire avec lucidité, contexte et prudence).
Mascarons Bordeaux - Bacchus - Rue Saint Rémi
Mascarons Bordeaux – Bacchus – Rue Saint Rémi

La symbolique des mascarons de Bordeaux

Les mascarons, ce n’est pas juste “de la déco qui fait joli” : c’est souvent un langage codé (ou au minimum un clin d’œil) qui raconte ce que le propriétaire veut montrer… ou ce que la ville vit à l’époque 🕵️‍♂️🪨 À Bordeaux, on croise d’abord les grandes références mythologiques (Neptune, Bacchus, faunes, satyres, naïades…), très à la mode au XVIIIᵉ siècle : elles affichent une culture “classique”, mais elles servent aussi à suggérer des thèmes comme la mer, le commerce, la fête, la fécondité… bref, tout ce qui va bien à une ville-port prospère ⚓🍇

Mascarons Bordeaux - Marin - Rue du Mirail
Mascarons Bordeaux – Marin – Rue du Mirail

Ensuite, il y a les mascarons qui jouent le rôle de miroir social : certains sont des visages expressifs, grotesques, carnavalesques, parfois moqueurs. Ils “animent” une façade très régulière et rappellent qu’un immeuble, c’est aussi une scène de rue : on impressionne le passant, on amuse, on intrigue (et on le force à lever la tête, ce qui est déjà une victoire).

Mais Bordeaux a aussi des mascarons plus “chargés” en sens historique. On trouve par exemple des visages d’hommes ou de femmes africains, qui renvoient à la mémoire du commerce atlantique : l’idée n’est pas d’en faire une carte postale, plutôt de lire la façade comme une archive — ce que la pierre montre dit quelque chose de la richesse et de ses origines, parfois très sombres.

Mascarons Bordeaux - Visage d'Africaine - Place Gambetta
Mascarons Bordeaux – Visage d’Africaine – Place Gambetta

Et puis il y a le volet symbolique/initié, notamment la franc-maçonnerie, très présente à Bordeaux au XVIIIᵉ siècle : certains décors affichent des attributs comme l’équerre et le compas sur des médaillons (par exemple sur la façade d’un hôtel particulier cours Georges Clemenceau), signe que la façade peut aussi être un “message” pour ceux qui savent le décoder 🔺📐

Mascarons Bordeaux - Equerre et symboles maçoniques
Mascarons Bordeaux – Equerre et symboles maçoniques

Enfin, d’autres mascarons portent des empreintes religieuses ou communautaires : un visage du Christ (rue Sainte-Catherine), des vertus chrétiennes (Foi, Justice, Prudence…) ou encore une étoile de David au-dessus d’un mascaron (rue du Mirail).

Au fond, Bordeaux te fait comprendre une chose : les mascarons ne te regardent pas seulement… ils te racontent. À toi de jouer : mythe, statut social, croyance, réseau, mémoire du port — chaque tête est un indice 😉

FAQ pour briller en société ✨

Pourquoi s’appelle-t-on “mascaron” ?
Le mot est généralement rattaché à l’italien mascherone (grand masque), popularisé avec la mode décorative venue d’Italie.

Ils sont tous du XVIIIᵉ siècle ?
Non. Bordeaux en a dès la fin du XVIᵉ / début XVIIᵉ, une énorme vague au XVIIIᵉ, puis un retour au XIXᵉ (et quelques créations au XXᵉ).

Où commencer une “chasse aux mascarons” simple ?
Place de la Bourse → quais → Chartrons : tu as déjà un parcours très rentable en observations.

Pourquoi beaucoup sont placés au-dessus des fenêtres ?
Parce que la clé d’arc et les linteaux sont des emplacements “naturels” pour un ornement central, bien visible depuis la rue.

Est-ce qu’on connaît les sculpteurs ?
Parfois, surtout sur les grands ensembles prestigieux, mais très souvent c’est difficile : beaucoup de façades n’ont pas une attribution claire.

Sources

Définition et histoire générale

  • Wikipédia – “Mascaron” : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mascaron
  • Centre du Patrimoine (Montauban) – PDF “Ça sert à quoi un mascaron ?” : https://www.centredupatrimoine.montauban.com/uploads/files/mascaron.pdf

Bordeaux : contexte, histoire, localisation

  • Wikipédia – “Mascarons de Bordeaux” (chronologie, exemples, lieux) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mascarons_de_Bordeaux
  • Hypothèses (plateforme académique) – “Vigne, vin et mascarons…” (mention ~3000 recensés) : https://liquoreux.hypotheses.org/377
  • Invisible Bordeaux – Mascarons Place de la Bourse (86 mascarons) : https://invisiblebordeaux.blogspot.com/2017/02/new-video-mascarons-on-place-de-la.html
  • Carte / repères (adresses) – “Carte des mascarons de Bordeaux” : https://fleurexplorebordeaux.com/mascarons-de-bordeaux/
  • Bordeaux Gazette – prudence sur le “nombre exact” (écarts selon périmètre) : https://www.bordeaux-gazette.com/les-mascarons-symboles-de-bordeaux.html
  • Musée d’Aquitaine – contexte Bordeaux XVIIIe / commerce atlantique : https://www.musee-aquitaine-bordeaux.fr/visiter/expositions/400-000-ans-dhistoires-de-la-prehistoire-au-21e-siecle/bordeaux-au-18e-siecle-le-commerce-atlantique-et-lesclavage

Biblio (ouvrages cités dans les références spécialisées)

  • Jean Damestoy & Anne-Marie Lochet-Liotard, “Mascarons”, éd. Mollat, 1997
  • Michel Suffran & François Philip, “Mascarons de Bordeaux”, Les Dossiers d’Aquitaine, 2004
  • Richard Zéboulon (textes J.-L. Rosenberg), “Mascarons de Bordeaux, les veilleurs de pierre”, Éditions Cairn, 2008

Photos de mascarons à Bordeaux

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