La Croix de Seguey à Bordeaux : l’histoire (vraie) d’une croix qu’on a fait disparaître,… ou presque

Histoires et secrets
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Tu passes rue de la Croix-de-Seguey, tu lis le nom, et tu te dis : “OK, il y avait une croix… mais où est-elle ?” Spoiler : elle a eu plusieurs vies, plusieurs morts, et une réputation suffisamment solide pour que sa disparition fasse du bruit (même quand on essaye de l’étouffer). Et derrière ce simple nom de rue, il y a un bout de “Bordeaux médiéval” : une ville découpée par des limites religieuses, des droits particuliers, des repères visibles… bien avant nos panneaux “zone 30” 🚶‍♂️. Le plus savoureux ? La dernière croix a été démolie à la fin du XIXe siècle, dans un contexte qui a donné à certains l’impression d’une provocation anticatholique. Résultat : la croix a disparu, mais la rue, elle, n’a jamais lâché le morceau. Et aujourd’hui, il se pourrait bien qu’un “reste” de cette histoire soit encore visible… si tu sais où regarder 👀

Timeline : 700 ans de “je me relève / je retombe” 📍

  • XIIIe siècle : une croix existe à cet endroit et sert de repère religieux : elle participe notamment à la délimitation du sauvetat de Saint-Seurin (avec la Croix Blanche et d’autres croix).
  • 1558 : la croix est renversée, puis relevée (épisode ancien rapporté par des sources du XIXe siècle).
  • 1793 : au cœur de la Révolution, la croix est à nouveau renversée.
  • 1817 : une croix est réinstallée / reconstruite au même emplacement (secteur de l’actuelle place Marie-Brizard).
  • Janvier 1882 : la croix est abattue (et l’affaire fait réagir).
  • Après 1882 : malgré les polémiques, le nom de la rue “Croix de Seguey” ne change pas.
  • Aujourd’hui : une croix est signalée comme visible près de l’église Saint-Ferdinand

Une croix qui faisait aussi “panneau de limites” au Moyen Âge 🏰

Pour comprendre la Croix de Seguey, il faut se remettre dans une logique médiévale : les croix ne sont pas seulement décoratives ou “pieuses”. Elles structurent l’espace. La Croix de Seguey fait partie de ces repères qui participent à marquer le sauvetat de Saint-Seurin : un territoire placé sous protection ecclésiastique, avec des privilèges et des limites connues (et reconnues) par les habitants. En clair : pas besoin de cadastre couleur, tu avais des marqueurs physiques. La Croix Blanche, la Croix de Seguey et d’autres croix jouaient ce rôle de bornage symbolique… et très concret. On imagine bien l’efficacité : “tu passes la croix ? tu changes de zone”. Simple, lisible, médiévalement UX-friendly 😄

De “Secours” à “Seguey” : quand une légende explique un nom 🧩

Le nom “Seguey” a lui aussi son petit feuilleton. D’après Charles Chauliac (fin XIXe), une première légende — située au XIIIe siècle — raconte qu’un Espagnol aurait été secouru de brigands par un chanoine de Saint-Seurin. En remerciement, il aurait fait ériger une croix appelée d’abord Croix du Secours, puis le nom aurait glissé : Secours → Secur → Segeux → Seguey (avec les déformations de langue et d’usage au fil des siècles). Attention : on est dans la tradition et la légende, pas dans un acte notarié tamponné “vérité absolue” ✅… mais c’est justement ce qui rend ces récits intéressants : ils disent comment une ville se raconte.

article croix de seguey
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6783553w/f2.item.r=%22Charles%20Chauliac%22seguey.zoom

1817–1882 : la dernière croix, la plus “politique” ⚡

1820 - Place Croix de Seguey Bordeaux - Eglise Saint Ferdinand - Source : https://gallica.bnf.fr/
1820 – Place Croix de Seguey Bordeaux – Eglise Saint Ferdinand – Source : https://gallica.bnf.fr/

La croix visible au XIXe siècle n’est pas “la même” que celle du XIIIe : c’est une reconstruction, installée après les destructions révolutionnaires, inaugurée en 1817.

1900 - Place Croix de Seguey Bordeaux - Eglise Saint Ferdinand - Source : https://selene.bordeaux.fr/
1900 – Place Croix de Seguey Bordeaux – Eglise Saint Ferdinand – Source : https://selene.bordeaux.fr/

Et c’est cette croix-là qui finit par être abattue en janvier 1882. Ce qui choque, ce n’est pas seulement la disparition d’un objet : c’est la manière et le contexte. Pour une partie des Bordelais de l’époque, l’affaire ressemble à une attaque symbolique, presque un geste “anti-religion”, d’autant plus que certains contemporains jugent l’opération inutile. Résumé : quand tu touches à un repère religieux ancien, tu ne déplaces pas juste de la pierre… tu remues de l’identité, des habitudes et du symbole.

article croix de seguey

“Elle a disparu… mais pas complètement” : piste du côté de Saint-Ferdinand 👀⛪

Et c’est là que l’histoire devient étonnamment actuelle : la croix ne serait pas juste “perdue”. Une piste récente (confirmée par observation sur place et photos contemporaines) indique qu’une croix associée à cette histoire aurait été rétablie et serait visible sur le côté gauche de l’église Saint-Ferdinand (merci @Arnaud Brukhnoff pour son post : https://www.facebook.com/groups/849681271756918/user/536685892/) Autrement dit : la Croix de Seguey aurait changé de “point d’ancrage” tout en restant dans le paysage religieux bordelais. Si tu aimes les chasses au trésor urbaines, tu tiens un joli prétexte à balade.

Croix de Seguey Bordeaux Moderne - Source : Arnaud Brukhnoff - https://www.facebook.com/groups/849681271756918/user/536685892/
Croix de Seguey Bordeaux Moderne – Source : Arnaud Brukhnoff – https://www.facebook.com/groups/849681271756918/user/536685892/

FAQ pour briller en société 🥂

C’est où, exactement, la Croix de Seguey ?
Historiquement, à l’emplacement lié aujourd’hui au secteur de la place Marie-Brizard, et le souvenir est resté dans la rue de la Croix-de-Seguey.

Pourquoi “Seguey” ?
Le nom est généralement expliqué par une évolution de formes anciennes (Secours/Secur/Segeux…), souvent transmise par la tradition, avec une légende fondatrice.

C’est quoi un “sauvetat” ?
Un territoire placé sous protection ecclésiastique, avec des privilèges et une forme d’immunité : un découpage religieux du territoire qui a aussi des effets très pratiques.

La croix a été détruite pendant la Révolution ?
Oui : une destruction en 1793 est mentionnée dans des sources du XIXe siècle, et la croix du XIXe est présentée comme une reconstruction.

Pourquoi la démolition de 1882 a fait polémique ?
Parce qu’elle a été perçue par certains comme un geste symbolique contre le catholicisme, et parce que son utilité urbaine était contestée.

On peut encore voir “la” Croix de Seguey aujourd’hui ?
On ne parle pas forcément de la croix “d’origine”, mais une croix est signalée comme visible près de Saint-Ferdinand : ça vaut le coup d’aller vérifier par toi-même.

Sources

Revue catholique de Bordeaux (année 1882) — passages sur la croix (renversements, 1817, et destruction en janvier 1882).

Castel, M. — “L’Église Saint-Seurin de Bordeaux” (Persée, 1921) — éléments sur Saint-Seurin et le contexte historique, utile pour le cadre du sauvetat et des repères.

Valette, Jean — Table et index des articles parus dans la Revue catholique de Bordeaux (1880–1897) — mention de l’étude de Charles Chauliac sur les croix de Bordeaux (référence bibliographique).

Chauliac, Charles — Étude sur les croix des carrefours de Bordeaux (Bordeaux, J. Lamarque, 1881) — existence et notice bibliographique (répertoires / catalogues).

Église Saint-Ferdinand (Bordeaux) — contexte et repères généraux sur l’édifice (localisation / histoire).

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