L’enseveli de la Croix de Seguey
Il y a des coins de Bordeaux qui ont le chic pour te servir une histoire plus grande qu’eux. La Croix de Seguey en fait partie : un simple repère de quartier… devenu, au fil du temps, le décor d’une légende bien sombre. Un homme injustement accusé, condamné, exécuté… puis enterré sur place. Plus tard, son innocence aurait été reconnue, et la croix aurait été élevée au-dessus de sa tombe comme un monument d’expiation. C’est tragique, ça “sonne vrai”… et c’est précisément pour ça qu’il faut le lire avec prudence 🧱🙂
Timeline 🕰️
- Avant le XIXᵉ siècle : les croix de carrefour sont des repères très courants (limites, chemins, faubourgs, dévotion locale).
- 1881 : Charles Chauliac publie son étude sur les croix bordelaises dans la Revue catholique de Bordeaux et y rapporte la légende de la Croix de Seguey.
- Ensuite : le nom “Croix de Seguey” reste dans la ville (rue, quartier), même quand la croix n’est plus là.
La légende, racontée par Chauliac 🧾
Chauliac – auteur bordelais du XIXᵉ siècle, qui publie en 1881 une étude dédiée aux croix des carrefours de Bordeaux – explique qu’une “nouvelle légende” circule sur l’origine de la croix : un homme aurait été injustement accusé d’un crime capital, condamné à mort, exécuté, puis enseveli à l’endroit précis de la Croix de Seguey ; et lorsque son innocence aurait été reconnue, la croix aurait été élevée sur sa tombe “comme un monument d’expiation” de l’erreur judiciaire.
Son corps girait il donc encore sous les pavé de Bordeaux ?
« …un homme injustement accusé… exécuté… enseveli… »
Le point essentiel : légende attestée, fait non prouvé 🧱
On a la preuve que la légende existe (puisqu’elle est rapportée et commentée en 1881). Mais on n’a pas de preuve solide que cet endroit précis ait été un lieu d’exécutions, ni qu’un corps y ait été enterré suite à une condamnation injuste. C’est même fortement improbable. Le lieu n’est pas référencé comme une place d’exécution (comme l’est la place Fernand Lafargue). Chauliac lui-même présente cette version comme problématique et l’attaque même comme une histoire “absurde” qu’on ferait circuler.
👉 Moralité : c’est un récit révélateur d’une sensibilité (faute, justice, expiation), mais à ne pas transformer en “fait historique” en l’état.
Pourquoi cette histoire “colle” si bien au lieu ? 🧠
Parce qu’un carrefour, un seuil entre ville et faubourgs, c’est le terrain de jeu préféré des légendes. Une croix est un signe visible, durable, parfait pour accrocher un récit moral : “il s’est passé quelque chose ici”. Même si, en réalité, le “quelque chose” est peut-être… juste la vie d’un quartier et ses histoires qu’on se transmet . Ou une raison un peu plus politique….

Un prétexte pour le contexte politique et religieux de l’époque
Derrière la légende de “l’enseveli”, il y a aussi un prétexte très politique : au XIXᵉ siècle, une croix plantée au milieu d’un carrefour n’est pas qu’un objet pieux, c’est un marqueur visible dans l’espace public… et donc un symbole qu’on peut viser quand le climat se tend. Dans ton article sur la Croix de Seguey, tu rappelles bien que la destruction de janvier 1882 choque moins par la pierre en elle-même que par “la manière et le contexte” : pour une partie des Bordelais, ça ressemble à une attaque symbolique, presque un geste “anti-religion”, alors même qu’on avance (ou qu’on entend) un argument plus “pratique” du type utilité urbaine contestée.
Et des prétextes, il y en a eu pour retirer les croix. Tantôt, elles étaient retirées au profit de l’éclairage public, tantôt on les disaient effrayer les bêtes.

FAQ pour briller en société ✨
Chauliac dit-il que c’est vrai ?
Non : il rapporte la tradition et la discute, sans apporter de preuve d’un fait judiciaire établi à cet endroit.
Donc on jette la légende ?
Surtout pas : elle est intéressante parce qu’elle montre comment une ville fabrique de la mémoire. Mais on la raconte comme légende, pas comme archive.
Pourquoi prendre un prétexte pour retirer la croix ?
Nous sommes dans le contexte de 1880 avec une séparation plus ou moins assumée entre les institutions et l’Eglise.
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